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LA VALLETTE DE PIQUE
Partie I
David avait un rêve. Un rêve sombre. Le roi de Pique voulait éradiquer le mal du monde. La corruption, la tromperie, l'avarice… Toutes formes de perversion. Bien sûr, il était le seul à pouvoir mener à bien cette mission. Et pour ce faire, il devait être le maître absolu des quatre terres.
Contrairement aux autres rois de Tetrania, David n’avait pas de sang noble. Il était né dans la crasse des rues du château noir. Recruté très jeune par la garde royale, il fût entraîné à punir. Punir ceux qui ne respectaient pas la loi. Il était le grand châtieur. Mais en voyant que le royaume était gangréné par le vice, dans les bas fonds comme dans les hautes sphères, il décida de quitter TerreNoire pour fonder sa propre monarchie. Un royaume impitoyable, mais juste. Un monde où la faiblesse n’était pas tolérée : Spadewater.
David choisit de fonder son royaume sur l'île de Sparcide. Une terre vierge, car habitée par une seule créature. Un démon. Mignare, le cavalier sauvage. Une bête aux pieds de loup, à la tête d'alligator et au corps d’ours. David, indéniablement le guerrier le plus vaillant des quatre terres, parvint à dompter la bête. Non pas par la force, mais par la ruse. Pour réussir cet exploit, il construisit de ses propres mains un labyrinthe tout autour de la créature. Brique par brique, en commençant par les côtes de l’île, puis en avançant peu à peu jusqu’à son centre. Le roi mit 7 ans à bâtir cet édifice. David parcourra ensuite les quatre coins du monde pour réunir les monstres les plus féroces dans son labyrinthe, mais aucune n’arrivait à la cheville du démon Mignare. Un château fût construit à côté du labyrinthe. Le Royaume de Pique était né.
Pour être digne de pénétrer dans son château et ainsi partager son rêve d’un monde parfait, chaque habitant devait survivre 7 ans dans le labyrinthe. Autant de temps qu’il lui avait fallu pour le construire.
Avec son ancienne garde rapprochée, David enlevait des hommes, des femmes, et même des enfants de tous les royaumes, pour les jeter dans le labyrinthe. Certains venaient de gré, mais la plupart y étaient forcés. Ceux qui sortaient du labyrinthe étaient dotés d'une force incroyable et d’un courage sans limite. Étonnamment, ils étaient aussi dociles. Comme si le labyrinthe les avait purgés de leur libre arbitre, ils se transformaient en soldats parfaits pour réaliser le rêve de David.
Au sein du labyrinthe, les 7 années de survie se transformaient en véritable cauchemar pour les femmes et les enfants. Ces derniers devenaient alors les esclaves des hommes les plus forts qui, faute d’avoir la force d’affronter les créatures qui habitaient le labyrinthe, passaient leur temps à s’entretuer. Ces esclaves qui devaient satisfaire leur moindre désir… Ce cycle infernal dura 35 ans. David aurait bien voulu que cela dure plus longtemps, mais il y avait une chose qu'il n'avait pas prévue…
Le dernier jour de l’année, tous les habitants du royaume de Pique se réunissaient pour l’ouverture des portes du labyrinthe, afin d’accueillir ceux qui 7 ans plus tôt y étaient rentrés. Le soir, un grand banquet était organisé pour fêter l’arrivée des nouveaux habitants du royaume. Mais dès le lendemain, plusieurs milliers de personnes étaient envoyées de force dans le labyrinthe. L’horreur recommençait une fois de plus.
Jusqu’au jour où le sort, las de ce théâtre abominable, allait mettre un terme à ce tourment.
Ce matin-là, comme le voulait la tradition, le roi David ouvrit lui-même les immenses battants en pierre du labyrinthe. La foule retenait son souffle. Derrière les portes, un épais brouillard cachait la vue de tous. Quand une ombre se détacha enfin de la brume, les soldats ainsi que le roi se mirent en garde, prêts à accueillir avec leur lance l’une des créatures du labyrinthe. Mais l’ombre s’avançait d’un pas tranquille.
- Regardez, c’est un monstre ! cria un homme dans la foule.
- Non c’est trop petit, c’est un homme !
- Non, c’est… c’est une femme.
Le roi fit signe à ses gardes de retirer leurs lances. C’était bien une femme. Une femme seule, à la carrure imposante.
- Où sont les autres ? hurla l’un des gardes.
La femme ne répondit pas.
- Tu ne vas pas me faire croire que tu as survécu seule ? se moqua un autre garde.
La femme mystérieuse trainait quelque chose derrière elle. Le brouillard finit par se dissiper. C’était la tête de Mignare, la créature infernale qui hantait le labyrinthe. Ou du moins, ce qu’il en restait. La tête de la pauvre bête était gigantesque. Elle lança la figure du monstre aux pieds du roi.
- Oui, je suis seule. Que celui qui en doute ose me faire face.
- Ogier, c’est toi ? demanda une vieille dame dans la foule. Ogier ? Tu te rappelles, c’est moi qui t'ai recueilli. Tu n’étais qu’une enfant…
En un éclair, la mystérieuse femme apparut devant la vieille dame pour lui arracher le cœur.
- Oui. Ogier, c’est moi. L’enfant que tu as envoyé il y a quatorze ans devant les portes du labyrinthe, en échange de ton… ahh…
Un garde avait profité de la distraction pour planter sa lance dans le dos d’Ogier. Elle hurla de douleur. Curieusement, le soldat n’arrivait pas à retirer son arme du corps de la jeune femme, comme si elle était plantée dans une roche.
- Regardez, son cœur de pierre a retenu la lame…
Ogier, se laissa transpercer par la lance pour atteindre le garde apeuré. D’un coup sec sur la tempe, elle le neutralisa. La jeune femme se tourna ensuite vers le roi.
- Tu as gagné David. Faute d’avoir créé une armée digne de ton rêve, tu m’as créé moi, la plus puissante des guerrières, la seule capable de le réaliser.
Elle tutoyait le roi. Le peuple ne savait s'il devait se réjouir ou s'effrayer. L’enfant autrefois esclave était devenu la plus redoutable force du royaume de Pique. Que s'était-il passé pendant ces quatorze longues années ?
- Ton labyrinthe n’est désormais habité que par des fantômes. Il est la relique de ma victoire.
Le roi rangea sa lance pour dégainer son épée. D’un coup, d’un seul, il tenta de trancher la tête d’Ogier, qui par réflexe réussit à attraper la lame de son adversaire à main nue. Alors que sa peau se déchirait sous la tension de la lame, le roi se mit à sourire.
- On dirait bien que tu es la guerrière que je mérite.
Le roi relâcha son coup. Ogier souffrait en silence de ses deux blessures.
- Puisque ta puissance semble n'égaler que ton arrogance. Tu auras pour première mission de me ramener un trésor. La lyre pourpre de Sylve. Quiconque joue de ses cordes a le pouvoir de manipuler les sentiments de ceux qui écoutent sa musique. Elle m’est indispensable pour réaliser mon rêve.
- Une tâche d’un ennui mortel pour moi, soufflait Ogier alors que du sang coulait de sa bouche.
- Prend garde jeune valet, nul n’est jamais revenu de Jooswood, la forêt qui protège la lyre. Pire encore, les hommes juste avant d’y pénétrer s’ôtent eux-mêmes la vie. Comme si la contempler, même de loin, était déjà un supplice. Il serait fort imprudent de sous-estimer cette tâche.
Ogier répondit avec un soupirement et se mit aussitôt en route. Étrangement, malgré l’indépendance qui se dégageait d’elle, elle se soumettait bien facilement aux désirs du roi, comme tous ceux qui sortaient du labyrinthe. David lui-même s’en étonnait, en silence bien sûr. Quel que soit le maléfice qui lui donnait autant de pouvoir, le roi s’en réjouissait.
Ogier était loin de se douter qu’un autre valet d’une autre contrée avait reçu la même mission. Un chevalier à la beauté sans égale, Lancelot.
Partie II
Il n’y avait qu’une ferme sur la route de Fair Valley, entre Fishville et Blackstone. La ferme de Jim Tanaka. Jim avait migré de son pays natal pour s’offrir une nouvelle vie après la Grande Guerre. Il avait traversé l’océan puis travaillé sans relâche pendant 10 ans à la mine pour s’acheter le petit lopin de terre où construire sa ferme. À l’époque, ça ne valait rien, mais avec le développement de Blackstone, le terrain de Jim avait vite pris de la valeur.
Le jour où il devint père de famille, il décida de développer son espace et ouvrit quelques années plus tard un saloon dans une petite grange. Il pouvait ainsi profiter de la bourse des commerçants, qui faisaient fortune en voyageant entre les deux villes.
Bien sûr, la ferme était aussi prisée par les escrocs et autres brigands du comté. Jim avait donc engagé un mercenaire pour maintenir la sécurité. L’homme était un voyageur étranger qui ne parlait pas beaucoup. Mais il était très efficace quand il s’agissait de rabattre le caquet des petites frappes du coin.
La ferme des Tanaka avait de beaux jours devant elle. Du moins, c’était ce que Jim pensait. Ça c’était avant. Avant qu’il se reveille un matin d’été, en voyant sa femme et ses deux enfants découpez en morceau et pendus au dessus de son propre lit.
- Un Fantôme, murmurait Jim tous les soirs en essuyant ses verres. Pas un seul bruit. Une ombre silencieuse. Pourquoi…
Jim n'était plus le même homme depuis l’accident. Maintenant seul et brisé, il n’était qu’une question de temps avant qu’un bandit de grand chemin prenne possession de la ferme, et de ce fait contrôle la seule route qui rattachait Blackstone et Fishville. Noback Malone l'avait bien compris.
Le dépeceur de Crachetown s’était fait passer pour un étranger dans le but d’échapper à la police de Fishville qui placardait son affiche dans tous les saloons de l’état. Il avait été par hasard engagé par Jim en tant que mercenaire. Ce boulot discret était du pain béni pour Malone. Les bandits du coin étaient du menu fretin pour celui qui avait autrefois terrorisé toute la vallée. Il avait juste à attendre le bon moment pour reprendre ses sombres activités. Ce diable avait si bien obtenu la confiance du pauvre Jim, que même après l’accident pas une seule fois il ne l’avait soupçonné. Pour cet honnête homme, un acte aussi ignoble ne pouvait être que la signature d’un démon.
Au fur et à mesure que la santé du fermier se dégradait, Malone prenait possession des lieux. Il installa très vite un droit de passage pour voyager entre les deux villes, et s'impliqua de force dans toutes les affaires des commerçants. En un rien de temps, c'était toute une ville qui s’était bâtie autour de la ferme. Noback Malone, qui ne se cachait désormais plus, était considéré comme son père fondateur. Il y régnait en maître. Un maître qui trouvait un malin plaisir à être couvert de sang. Son tempérament cruel se trouvait être un excellent atout pour les affaires. Au bout de quelques années, il était à la tête d’une véritable armée. Plus puissant que le shérif qui à son tour s’était soumis à lui.
Plutôt que d'abréger les souffrances du pauvre Jim, Malone avait un malin plaisir à le voir sombrer. C’était encore plus jouissif que de dépecer. Comme s’il voyait la détresse de ses victimes jour après jour dans son regard. Le fermier, dépossédé de tout ce qu’il avait, était au mieux un fantôme, appliqué à servir machinalement des verres et à entamer toujours les mêmes discussions.
En plein hiver comme en été, il faisait chaud au saloon de Tanaka. Surtout pour Phil Jack, qui avait tout misé sur cette partie de poker. Ce jeune charpentier avait un bon cœur, mais semblait être habité par tous les vices que lui offrait la ville : le jeu, la boisson et bien sûr les femmes. Et souvent c’était ces dernières qui le mettaient sur la paille. Non pas qu’elles soient cupides et mal intentionnées, mais le bougre pensaient qu’en les couvrant de cadeaux elles allaient succomber à son charme. Il ne lui restait plus rien, à sec ! Même pas un clou pour fermer son cercueil ! Phil ne savait pas encore qu’il y avait bien plus de charme dans les mots que l'on choisit de dire, que dans tous les biens que l’on peut offrir.
Son adversaire posa sur la table une corde décorée d’un nœud coulant.
- Tiens Phil, si tu gagnes cette manche, tu auras au moins de quoi te pendre.
Bien sûr, ils hurlèrent tous de rire à la table de jeu. Une simple paire de valets. C’était la meilleure manche que Phil avait eue depuis le début… Tout ça pour gagner de quoi se pendre ! Le garçon transpirait tellement que les cartes se courbaient entre ses doigts.
- Bon tu vas jouer oui ?!
Phil faisait durer la partie pour repousser l’échéance de sa mort.
- Pauvre Phil, son seul défaut c’est sa candeur. Il n’a jamais fait de mal à personne. Dans cette ville, la naïveté attire tous les arnaqueurs, et en un rien de temps on tombe dans la débauche et la corruption.
Jim s’occupait de la vaisselle derrière le bar. Ses yeux étaient aussi vides que les verres qu'il essuyait. Une jeune femme était accoudée en face. Encore une étrangère qui avait atterri dans la région sans trop savoir comment.
Un coup de feu retentit dehors.
- Ne vous inquiétez pas, madame. On est mardi et il est midi. C’est l’heure des exécutions.
- La peine de mort est interdite dans cet état.
- Hm. Ce n’est pas la police qui fait la loi ici. Vous le savez sûrement comme moi.
- Malone…
Jim fit signe à la jeune femme de baisser d’un ton. Elle ne l’écouta pas pour autant.
- C’est un nom qui est sur toutes les bouches mais que personne n’ose prononcer.
- Gardez vos remarques pour vous. On ne veut pas de problème ici. S’il vous plaît, madame, changeons de sujet. J’ai l’impression de vous avoir vu quelque part ? Vous êtes une actrice ou une chanteuse, quelque chose comme ça ?
Un deuxième coup de feu retentit . Un troisième et un quatrième. Le ventre de Jim fit un tour. Quatre chevaux partirent en courant.
- Ça, c’est pas normal par contre…
Un homme poussa les portes battantes du Saloon et avança jusqu’au comptoir :
- Rhum.
Jim posa une bouteille et un verre sur le bar. L’homme attrapa directement la bouteille pour la mener jusqu’à sa bouche. Des menottes étaient accrochées à ses poignets. Les hommes de Malone, éparpillés dans la pièce, posèrent leur main sur leur revolver. Le shérif entra à son tour dans le saloon. Il brandit son pistolet en direction de l’homme menotté, toujours en train de descendre la bouteille.
- Finis tes conneries ! Si tu veux pas mourir sur l'échafaud, alors tu mourras par ma main. Mais au moins aie la décence de sortir du saloon. Malone n’aime pas les taches de sang dans son bâtiment !
L’homme menotté s'assit sur un tabouret.
- Je ne rigole pas raclure !
- J’ai l’impression que je vous fais un certain effet shérif.
L’homme de loi avait la main qui tremblait.
- C’est le souci quand un homme terrorise la population d’une ville. Elle finit par n’être habitée que de gens peureux.
L’homme menotté se gargarisait de ses propres paroles. Les hommes de Malone dans le saloon se moquèrent à leur tour du shérif. Ce dernier, sous pression, décida de tirer. Mais il tremblait tellement que la balle atterrit dans l’épaule de Jim. Humilier le Shérif de la ville et Jim au passage, il n’en fallait pas plus pour que le saloon entier explose de rire. Seul Phil, dont le sort n’était pas plus profitable que ceux dont on se moquait, restait silencieux. Jim, à terre et blessé, riait aussi même si des larmes coulaient de ses yeux. Il avait peur de s’en prendre une s’il exprimait une quelconque souffrance. Pauvre Jim.
La femme au bar, qui s’esclaffait comme les autres, se leva d’un coup et empoigna la gorge de l’homme menottée pour la retourner. Ce dernier bascula de l’autre côté du bar, la nuque brisée. Un silence de mort s’installa.
- Quelles que soient les époques, on reconnaît les plus faibles, car ils ne cessent de parler.
Phil regardait ses cartes, bouche béante. Le jeune femme devant lui ressemblait comme deux gouttes de gniole au valet de Pique entre ses mains. C’était comme si elle était sortie de la carte. Impossible, se disait-il. Cela fait bien dix ans que ce jeu n’a pas bougé de ce saloon…
Ogier s’approcha du shérif dont l’urine coulait en cascades entre ses jambes. Elle attrapa l’étoile accrochée à sa poitrine, pour la poser sur la sienne. Elle prit aussi son revolver.
- Maintenant la loi, c’est moi.
Le shérif, devenu un simple homme, bégaya une ou deux fois avant de partir en courant. Les hommes de Malone, eux, ne savaient pas comment réagir. D’habitude, la simple existence de leur chef suffisait à calmer toutes les ardeurs. Et les quelques-uns qui n’avaient pas peur se laissaient volontiers séduire par l’argent que Malone leur offrait. Mais la femme qui se trouvait en face d’eux ne semblait pas être de cette trempe. Un à un, comme s’ils avaient peur de la réaction d’Ogier, ils sortirent tranquillement du saloon, les paumes de mains en l’air, sans même que cela ne leur ait été demandé. Le bâtiment s’était vidé en quelques minutes, ne laissant que Jim, Ogier, Phil et sa corde.
Jim ne savait pas non plus quoi penser de tout cela. Au fond de lui, il se réjouissait que quelqu’un tienne tête à toutes ces raclures. Mais très vite la peur, comme toujours, reprit le dessus.
- Vous ne savez pas dans quel pétrin vous nous avez mis !
- Un pétrin pire que celui où vous étiez ?
- Je ne vous permets pas de me juger. Vous ne savez pas ce qui s’est passé…
- Je ne suis pas sûre d’avoir envie de savoir pourquoi un homme lèche les bottes de celui qui a tué toute sa famille.
- Quoi… Comment…
- Tout le monde le sait ici. C’est même la première histoire que l’on te raconte quand tu débarques dans cette ville, comme un avertissement. Comme pour entretenir la légende de Malone.
L’air manquait à Jim. C’était l’homme qu’il avait autrefois fait rentrer chez lui qui avait tué sa famille... Tout le monde le savait. Quelque part, lui aussi s’en doutait. Mais personne n’avait osé le lui dire aussi clairement. Victime de ses tourments, il s’était laissé tomber dans une spirale qui entretenait sa peine, l’affaiblissant chaque jour un peu plus, jusqu’à ne plus voir une vérité aussi criante.
Ogier, la femme qui avait vaincu Mignare, jugeait bien sévérement le pauvre Jim. Elle se sentait bien plus forte que lui. Mais sa fierté mal placée fut vite refroidie. Quelqu’un d’autre se cachait dans l’ombre de la table de poker. Quelqu’un qui s’étouffait dans un rire tranchant. Lorsqu’ils l’entendirent, Jim et Phil firent un pas derrière le bar. Ogier balança la lumière suspendue qui éclairait faiblement la pièce. Au gré des aller-retour de la lampe se dessinaient des traits bariolés qui ne pouvaient plus s’ arrêter de s’esclaffer.
- HAHAHAHAHA
- Qu’est-ce qui te fait rire, Joker ?!
- Je ris Ogier, je ris. Je ris toujours quand je vois une personne en juger une autre, surtout pour une faute qu’il a aussi commise !
- Qu’est-ce que tu racontes ?
- S’il y avait une hiérarchie des monstres, Malone serait un véritable agneau en comparaison du roi David. Dis-moi, Ogier, qui lèche qui maintenant ?
Il est toujours surprenant quand l’on rencontre une personne qui se fait martyriser de voir à quel point la victime accepte sa condition, sans une seule fois la remettre en question. On pourrait presque penser qu’elle en est en partie responsable. Mais la malice de celui qui martyrise, c’est d’avoir la patience de diluer ses mauvaises intentions dans le plus banal des quotidiens. Une fois la victime sous emprise, elle accueille les pires atrocités comme une cuillère de miel. Ne les jugez pas trop, car il est bien connu que celui qui se croit invincible est bien souvent la victime la plus facile à atteindre, puisque dans la croyance de sa toute-puissance il ne prend aucune précaution. Comme Ogier, qui juge la faiblesse du pauvre Jim alors qu’elle est elle-même sous l’emprise du roi qui l’a torturé pendant quatorze ans.
Partie III
(bientôt)